DES PRATIQUES PSYCHO-CORPORELLES VERS LA SANTE INTEGRATIVE Isabelle CELESTIN-LHOPITEAU Directrice de l’IFPPC, Institut Français des Pratiques PsychoCorporelles

 YOGA AUX URGENCES DE L’HOPITAL D’EAUBONNE ou encore hypnose et auriculothérapie au centre de traitement de la douleur du CHU de Bicêtre, développement de la médecine intégrative au Royal London Hospital, dans le service d’oncologie à Haïfa en Israël ou à la clinique Mind-Body de Boston (clinique des pratiques psychocorporelles rattachée à la faculté de médecine de Harvard), Techniques d’Optimisation du Potentiel (TOP) dans tous les corps de l’armée Française ou encore yoga en milieu carcéral avec l’expérience de PrisonSmart …

 

De plus en plus d’établissements ou d’institutions dans le monde proposent aux patients des pratiques psychocorporelles dans leurs parcours de soins, jusqu’à développer une médecine pleinement intégrative. Par ailleurs, les patients ont recours par eux-mêmes à ces pratiques et les associent de plus en plus facilement, en particulier lorsqu’un symptôme devient chronique.

 

Le développement des pratiques complémentaires et intégratives vient donc modifier le paysage thérapeutique mondial, changeant jusqu’à notre glossaire médical avec un usage de plus en plus fréquent de termes comme santé intégrative, médecine intégrative, médecines complémentaires, thérapies complémentaires, pratiques psycho-corporelles (PPCs), intégrativité…

 

Face à cette multiplication des outils thérapeutiques, des modèles et des théories, il devient donc nécessaire, tant pour les soignants que pour les patients et, a fortiori pour les institutions de santé, de les connaitre, de les définir, de connaitre l’étendue de leurs champs d’actions et d’organiser leurs interactions en développant la recherche et les retours d’expériences issus de la clinique.

 

Ce chemin intégratif apparait bien actuellement comme incontournable. Il nous reste soit à l’accompagner, soit à le co-créer, soit, faute de maitrise et de connaissance, à en subir les effets.

 

En effet, des questions se posent : Comment structurer et intégrer les différentes pratiques dans l’espace d’une intervention thérapeutique ? Comment conjuguer médecine conventionnelle et médecine complémentaire ? Que choisir dans son parcours de soin ? Yoga, méditation, hypnose, massage, Qi Gong, acupuncture, auriculothérapie, art thérapie, TOP, … Y a-t-il des facteurs communs à toutes ces pratiques ? Qu’est-ce qu’un parcours de soin intégratif ? Qu’est-ce que la santé intégrative ?

 

  • Qu'en dit l'OMS ?

    C’est un constat qui s’impose depuis plusieurs années : La médecine occidentale, si performante dans de nombreux domaines s’associe de plus en plus à des pratiques complémentaires, particulièrement quand un symptôme devient chronique. Différentes PPCs, thérapies traditionnelles ou complémentaires viennent modifier le paysage thérapeutique au niveau mondial . Selon des chiffres fournis dès 2002 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en France, 75% de la population a eu recours au moins une fois à une pratique de soins dite ‘parallèle’, 70% au Canada, 48% en Australie, 42% aux USA.

     

    Ce constat a mené l’OMS à développer un premier plan stratégique mondial ayant pour but de mieux informer sur ces pratiques et de les évaluer. Une stratégie mondiale, pour

    la Médecine Traditionnelle pour 2002-2005, a ainsi vu le jour pour évaluer l’innocuité et l’efficacité des médecines dites traditionnelles ou populaires. Des programmes de recherche sur ces pratiques se sont développés dans de nombreux pays.

     

    L’OMS définit les pratiques complémentaires de santé par les PPCs ainsi que des pratiques issues de médecines traditionnelles d’autres pays (MAC). Les PPCs peuvent être définies comme l’ensemble des approches psychothérapeutiques partant du corps, ou se servant du corps comme médiation, et plus largement comme des méthodes impliquant un travail corporel à visée psychothérapeutique, prophylactique et préventive.

  • Des pratiques de soins traditionnelles aux pratiques psycho-corporelles

    Nombre de PPCs sont issues de pratiques traditionnelles : Les différentes formes de méditation, le yoga, le Qi Gong, l’hypnose … La méditation par exemple est sortie des monastères pour entrer dans la vie quotidienne de nombreuses personnes. Elle fait maintenant partie de l’arsenal thérapeutique de différents services comme à l’hôpital St Anne ou au centre d’Etude et de Traitement de la Douleur (CETD) et service d’anesthésie de l’hôpital de Bicêtre… Même situation pour l’hypnose qui s’est énormément développée dans les services pour une meilleure prise en charge de la douleur. L’hypnose est aussi notre façon actuelle, culturelle d’expérimenter la transe, qui est un passage d’une conscience restreinte centrée principalement sur le problème à une conscience plus large, ce processus d’ouverture existe sous d’autres formes, d’autres noms, dans d’autres cultures, au sein de médecines traditionnelles très anciennes.

     

    Il est intéressant de noter que ces pratiques, qui s’intègrent dans nos services, ne peuvent être le placage de techniques anciennes ou orientales mais une nouvelle synthèse entre ces traditions et nos représentations actuelles du soin, issues d’une rencontre entre les pensées de différentes cultures et de différentes époques.

  • Place particulière du psycho-corporelle dans l'offre de soin

    Le rapport de l’APHP sur les médecines complémentaires a montré que l’offre de médecines complémentaires organisée dans le cadre hospitalier de l’APHP concernait plus de 15 traitements complémentaires différents avec principalement des traitements psycho-corporels, en particulier l’hypnose, la relaxation, le toucher thérapeutique ; puis venaient les traitements physiques manuels (ostéopathie principalement) et des traitements issus des Médecines Traditionnelles (acupuncture).

     

    Au-delà de l’APHP, une enquête réalisée auprès des CHU français  montre également l’importance de l’utilisation des PPCs puis ce sont les traitements manuels, puis les pratiques issues des médecines traditionnelles. La médecine par les plantes, qui fait bien partie des pratiques complémentaires, n’est pas représentée en tant que telle à l’APHP, car elle pose de nombreux problèmes notamment d’ordres réglementaires.

  • De la notion de médecine complémentaire à la médecine intégrative

    Le terme de médecine complémentaire qui recouvre un large ensemble de pratiques de soins ont été habituellement regroupées sous le terme anglais de Complementary Alternative Medicine (CAM) et définies par les National Institutes of  Health des Etats-Unis et la Cochrane Collaboration comme : « un large domaine de ressources de guérison qui englobe tous les systèmes, modalités, et pratiques de santé, de même que leurs théories ou croyances, autres que ceux qui sont intrinsèques au système de santé politiquement dominant d’une société ou culture particulière à une période historique donnée. »

     

    Les traitements complémentaires sont souvent regroupés , comme le rappelle le rapport de l’APHP sur les médecines complémentaires :

     

    La nature du traitement

    Le mode d'administration

    o Traitements biologiques naturels (plantes, compléments alimentaires, …),

    o Traitements psychocorporels ((hypnose, yoga,…),

    o Traitements physiques manuels (ostéopathie, chiropractie, massage,…),

    o Autres pratiques et approches de la santé (Médecine traditionnelle,…),

    o Auto-administration (plantes, compléments alimentaires, méditation, …),

    o Administration par un tiers praticien (acupuncture, massage, réflexologie,

    o ostéopathie,…),

    o Auto-administration avec supervision périodique (yoga, biofeedback, tai-chi,…).

    Ces pratiques ne sont pas intégrées dans la tradition académique ou le système dominant du pays et pourtant largement utilisées par les patients notamment quand un symptôme se chronicise.

     

    Elles sont donc identifiées comme celles utilisées en complément de la médecine conventionnelle (et donc bien à différencier des médecines alternatives qui sont utilisées à la place de la médecine conventionnelle).

    La notion de médecine intégrative

    De la médecine intégrative à la santé intégrative

    Elle, renvoie à l’intégration dans le parcours de soins d’un patient de pratiques issues de la médecine conventionnelle et de celles issues de la médecine complémentaire, (qui font l’objet d’une évaluation scientifique sur leur sécurité et leur efficacité). La médecine intégrative tient compte de la personne dans sa globalité (corps, esprit, spiritualité) et développe une approche personnalisée associant les pratiques des deux approches tout en prenant en compte l’importance de la relation thérapeutique. Dans cette démarche, les différents aspects du mode de vie du patient sont pris en compte et la place de la prévention y apparait comme essentielle. Le maitre mot est interdisciplinarité, ou comment une équipe peut apporter au patient tous les soins nécessaires, qu’ils proviennent de la médecine ou des pratiques complémentaires.

    Le passage de la médecine intégrative à la santé intégrative ouvre une voie résolument nouvelle dans le domaine thérapeutique.

     

    Le changement de dénomination du NCCAM (National Center for Complementary and Alternative Medicines) renommé en NCCIH (National Center for Complementary and Integrative Health) a bien marqué en 2015 ce tournant en mettant en lumière l’importance de la prévention et de la santé intégrative. Rappelons d’ailleurs que pour l’OMS, la santé n’est pas seulement une absence de maladie mais aussi un état complet de bien-être physique, mental et social.

     

    Il ne s’agit plus seulement d’informer, de proposer des approches complémentaires ou encore un parcours de soin associant diverses approches mais de permettre à un patient de les intégrer, d’être autonome, dans une pratique quotidienne et, ce faisant, de développer un véritable art de vivre pour permettre un changement durable.

  • Développer une boite à outils et un art de vivre au quotidien

    Au-delà des différentes pratiques et références conceptuelles, des ingrédients thérapeutiques communs émergents et leur synergie favorise le changement. L’importance de l’attention à soi et au monde Développer l’attention c’est développer une présence à soi qui peut être cultivée à travers différentes pratiques, comme l'hypnose et l'apprentissage de l'auto-hypnose, la méditation, le yoga, le Qi Gong… Cette présence à soi est alors une présence au monde. Car toutes ces pratiques, loin de nous couper du monde nous y relient de façon plus intense. Importance du corps et de la sensorialité Les pratiques proposant un changement de sensorialité sont des voies possibles pour se remettre dans le mouvement de la vie. Méditer, utiliser l’hypnose, la pratique du yoga permettent de lâcher une sensorialité restreinte, focalisée sur le problème pour entrer dans une sensorialité plus riche, une ouverture, qui permet au patient de s'endormir sur son fonctionnement habituel pour s'éveiller à autre chose, lâcher le contrôle pour se repositionner au sein de sa vie. Savoir traverser ses émotions Les émotions sont des signaux d'alarme très efficaces (La colère pour la frustration, la peur pour le danger, la tristesse pour le manque et l'insatisfaction, etc.), mais une fois ce rôle d'alarme accompli, nous n'avons pas à les entretenir ou à les laisser continuer à diriger nos existences. Elles sont, selon la formule, de « bons serviteurs mais de mauvais maîtres »...De nombreuses pratiques psycho-corporelles et de santé intégrative vont permettre un travail sur les émotions permettant ainsi de développer l’« intelligence émotionnelle ». Les pratiques respiratoires, un outil intégratif par excellence Le travail sur la respiration est un ingrédient majeur de toutes les pratiques psycho-corporelles et de santé intégrative. La respiration est à mi-chemin entre conscience et inconscience et chacun a la capacité de prendre conscience de sa respiration à tout moment. Cette respiration consciente, passerelle entre le corps et l’esprit, fait partie tout à la fois des médecines traditionnelles et des pratiques psycho-corporelles, comme l’hypnose, la relaxation, la sophrologie, le yoga qui est aussi associé à la médecine indienne ayurvédique, le Qi Gong à la médecine chinoise, la méditation à la médecine tibétaine (par exemple)... Identifier puis utiliser les ingrédients transversaux des différentes pratiques de soin nous fait rentrer de plain-pied dans le domaine de la santé intégrative. La place de la prévention apparait comme essentielle et dans cette optique les différents aspects du mode de vie du patient sont pris en compte. Un facteur clé de la réussite est d’amener le patient, à terme, à être autonome et à intégrer les pratiques qui lui conviennent dans sa vie de tous les jours. A se créer sa propre boite à outils pour prendre en main sa santé. Les neurosciences confortent cette idée de répétition des pratiques et notamment les études qui montrent l’intérêt de la méditation et de son entraînement régulier ce qui consolident la rapidité et la facilité du traitement de l’information avec ainsi des effets bénéfiques à long terme.
Loin d’être des techniques, les pratiques psychocorporelles et de santé intégrative sont un art de la communication et de la relation. Le domaine de la santé intégrative n’est pas une nouvelle école mais une méthode pouvant emprunter librement ses instruments aux différentes approches ou conceptualisations. Mettre en perspective différentes pratiques pousse à sortir des techniques ou méthodes pour se pencher sur les aspects relationnels, distinguer l'essentiel de l'accessoire. Sortir du dogme, des techniques, de l’idéologie, c’est revenir à l’être.

 

 

Article sur Cerveau & Psychologie : PDF

Neurosciences et Pratiques PsychoCorporelles : en savoir plus

 

 

 

1 Stratégie de l’OMS pour la médecine traditionnelle : Plan 2002- 2005,http://apps.who.int/medicinedocs/fr

 

2 Les Médecines « complémentaires » présentes dans les CHU Enquête réalisée au 1er trimestre 2012, résultats intégrés au rapport « Médecines complémentaires à l’Assistance Pulbique-Hôpitaux de Paris », Jean-Yves Fagon, Catherine Viens-Bitker, mai 2012.

 

 3 National Center for Complementary and Alternative Medicine http://nccam.nih.gov

 

 4 Manheimer E, Berman B. Cochrane Complementary Medicine Field. About The Cochrane Collaboration (Fields) 2008, Issue 2.Art. No.:CE000052.

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